Vous avez raté votre vie? Avec nous, vous réussirez votre mort!

Publié le par Mariel

Depuis plusieurs semaines, les livres de Jean Teulé font régulièrement la une des blogs littéraires. Ne connaissant que de nom l'auteur ou ses ouvrages, je souhaitais le découvrir pour de bon. Tout comme Anneso. Nous avons donc choisi un livre de Teulé qui nous intéressait bien et en avons fait une lecture commune. Ma toute première!


Le Magasin des suicides
Jean Teulé

2007
Ed. Juillard, Coll. Pocket




Résumé
Gérants d'un magasin des suicides, Mishima et Lucrèce Tuvache conseillent les clients et les aident à "organiser" leur suicide. Ambiance noire, lugubre, garantie! Pour autant, Mishima et Lucrère ont donné la vie: Vincent, mal dans sa peau, anorexique et artiste; Marilyn, oisive et mal dans sa peau, aucune confiance en elle, persuadée de ne servir à rien; Alan,  le petit dernier... Celui-ci pose beaucoup de soucis à ses parents. Normal, il sourit! Il aime la vie et irradie de joie. Mais qu'ont fait les Tuvache pour mériter ça? Après tant de générations suicidaires... Mishima va donc tenter de remettre son fils sur le bon chemin, celui du désespoir et de la mort...

Mon avis
J'ai adoré cette lecture, courte et agréable. Tout d'abord, c'est le style, ou plutôt le ton, de l'auteur qui m'a séduite: un pur concentré d'humour noir, ironique et cynique (c'en est presque à "mourir de rire"!).
J'ai également apprécié la réflexion en filigranes qui se construit au fil de pages. En effet, l'histoire se passe dans un futur, somme toute assez proche, totalement dévasté par les catastrophes naturelles et les conflits entre survivants de "l'Apocalypse". Bien que le décor soit peu présent dans l'histoire, il a son importance puisqu'il est en partie la source du désespoir ambiant...
Enfin, les personnages sont tous très sympathiques et leurs noms invitent au voyage littéraire et artistique. Tous ont une personnalité attachante, pleine de contradictions... et provoquent des situations souvent absurdes.
Je ne peux en dire plus au risque de décevoir votre lecture!

En bref: un excellent moment de lecture! Qui donne envie de découvrir d'autres romans de Jean Teulé...

Et toi, Anneso, qu'as-tu pensé de cette première lecture de Jean Teulé?


Extrait (Incipit - Chapitre 1)

C'est un petit magasin où n'entre jamais un rayon rose et gai. Son unique fenêtre, à gauche de la porte d'entrée, est masquée par des cônes en papier, des boîtes en carton empilées. Une ardoise pend à la crémone.

Accrochés au plafond, des tubes au néon éclairent une dame âgée qui s'approche d'un bébé dans un landau gris :

- Oh, il sourit !

Une autre femme plus jeune - la commerçante -, assise près de la fenêtre et face à la caisse enregis­treuse où elle fait ses comptes, s'insurge :

- Comment ça, mon fils sourit ? Mais non, il ne sourit pas. Ce doit être un pli de bouche. Pourquoi il sourirait ?

Puis elle reprend ses calculs pendant que la cliente âgée contourne la voiture d'enfant à la capote rele­vée. Sa canne lui donne l'allure et le pas maladroits. De ses yeux mortels - obscurs et plaintifs - à travers le voile de sa cataracte, elle insiste :

- On dirait pourtant qu'il sourit.

- Ça m'étonnerait, personne n'a jamais souri dans la famille Tuvache ! revendique la mère du nouveau-né en se penchant par-dessus le comptoir pour vérifier.

Elle relève la tête, tend son cou d'oiseau et appelle :

- Mishima ! Viens voir !

Une trappe au sol s'ouvre comme une bouche et apparaît, telle une langue, un crâne dégarni :

- Quoi ? Que se passe-t-il ?

Mishima Tuvache sort de la cave avec, entre les bras, un sac de ciment qu'il dépose sur le carrelage tandis que sa femme lui raconte :

- La cliente prétend qu'Alan sourit.

- Qu'est-ce que tu dis, Lucrèce ?... Époussetant un peu de poudre de ciment sur ses manches, il s'approche à son tour du nourrisson qu'il contemple longuement d'un air dubitatif avant de diagnostiquer :

- Il a sûrement la colique. Ça leur dessine des plis de lèvres comme ça..., explique-t-il en remuant ses mains à l'horizontale, l'une par-dessus l'autre devant son visage. On peut parfois confondre avec des sourires mais ça n'en est pas. Ce sont des grimaces.

Puis il glisse ses doigts sous la capote du landau et prend l'aïeule à témoin :

- Regardez. Si je pousse les commissures de ses lèvres vers le menton, il ne sourit pas. Il fait la gueule comme son frère et sa soeur dès qu'ils sont nés.

La cliente demande :

- Relâchez.

Le commerçant s'exécute. La cliente s'exclame :

- Ah ! vous voyez bien qu'il sourit.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
<br /> je n'ai pas vraiment apprécié ce livre je me suis ennuyée surtout dans la deuxième partie et je pense que l'histoire aurait été mieux adaptée à une BD d'humour noir<br /> <br /> <br />
Répondre
C
<br /> Nous sommes donc d'accord :-) !<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> En effet! La fin m'a littéralement glacée... Brrr...<br /> <br /> <br />
L
<br /> Je viens de le lire. ^^<br /> J'ai bien aimé.<br /> <br /> <br />
Répondre
G
<br /> Ah ! Ca m'intéresse ! J'attends ton commentaire.<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> C'est pour demain! C'est une lecture commune.<br /> <br /> <br /> <br />
G
<br /> Il n'y a pas d'avis sur mon blog, car je l'ai lu avant d'avoir un blog !<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> Oui, c'est ce que j'en ai conclu! ;)<br /> Hier, j'ai pensé à toi en terminant Des bibliothèques pleines de fantômes de Bonnet. Ce dernier fait allusion aux Notes de Chevet et aux Choses qui font battre le<br /> coeur...<br /> <br /> <br /> <br />